Mon âme est lasse, ce soir, des chemins trop connus,
Des portes refermées, des visages perdus.
Partir ! Non pour chercher quelque terre lointaine,
Mais rejoindre un pays que nul regard n’atteigne.
Il existe, je crois, derrière nos saisons,
Un rivage oublié au-delà des raisons,
Où le vent parle bas dans les herbes sauvages
Et connaît de nos cœurs les plus anciens voyages.
Rien ne me retiendra.
Ni la lampe allumée,
Ni les murs familiers, ni la fenêtre aimée,
Ni même ces souvenirs que l’on serre en tremblant
Comme si retenir pouvait suspendre le temps.
Je partirai.
Sans bruit.
Ainsi partent les songes
Quand l’aube vient poser sa lumière sur le monde.
Je laisserai derrière un vêtement trop lourd,
Quelques mots inachevés, quelques traces d’amour.
Et peut-être qu’au loin, là où le ciel commence,
Quelque chose m’attend dans l’immense silence.
Une barque sans nom.
Un chemin de clarté.
Une étoile inclinée au bord de l’éternité.
Alors je comprendrai que nos vies sont des ports,
Que l’on croit habiter jusqu’à l’heure du départ.
Et si la mer se lève,
Si la nuit devient noire,
Je suivrai malgré tout cette étrange mémoire
Qui murmure en mon cœur depuis mes premiers jours :
« Ce que tu crois quitter
te conduit vers toujours. »



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