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La guerre civile des lapins
Les lapins étaient en fureur.Eux si calmes jadis, quelle mouche les pique ?Ivres de liberté, pour une république.Auraient-ils secoué le joug d’un empereur ?Je n’en crois rien ; leur race est timide et légère.Que leur fait le cerveau quand l’estomac digère ?Un brin d’herbe est tout leur souci.Pourquoi donc s’irriter ainsi ?Pourquoi !… Dame Discorde…
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Un savant
Quoi ! disait un savant, des voûtes éternellesLes trépassés viendraient, t’apporter des nouvelles…Toi, qui brillas jadis parmi les esprits forts,Tu prétends évoquer les morts !Avec les morts peut-on entrer en conférence ?Socrate, Jeanne d’Arc, les livres saints… démence !Saül et ses pareils ne sont pas de saison…A pareil jeu l’on perd l’honneur ou la raison…
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A quelques savants
Par quels engins merveilleux l’âmeAgit-elle sur le cerveau,Et maintient-elle en leur niveauL’amour sacré, la haine infâme,La mathématique raison,La vérité, l’erreur confuse,La nuit, la lumière diffuse,L’étroit où le vaste horizon ?Quel beau clavier de touches mollesOù la pensée et l’action,Où les gestes et les parolesSont toujours en formation !Réflecteur ou miroir magiqueQui réfléchis un univers,Qui fais…
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Jupiter
Sondant les profondeurs de la voûte azurée,Dans sa nacelle d’or de globes entourée,Grave, silencieux au milieu de sa cour,Jupiter voyageait un jour.Parfois il frémissait. Reine dans l’art de plaire,Vénus discrètement cherchait à le distraire.Pour le distraire, en vain Apollon radieuxConfiait aux zéphyrs ses chants mélodieux.Hébé versait. Près d’elle, insistant avec grâce,Mercure exécutait ses tours de…
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Après la mort, la chute des anges
Quelle chute profonde, horrible, inattendue !Hélas ! Il est bien vrai que nous t’avons perdue,O planète, et qu’il faut abandonner l’espoir, Si doux à notre cœur, de jamais te revoir.Si belle, et si longtemps tu fus notre domaine !Notre bande sur toi régnait en souveraine ;Tout pliait devant nous, et les grands envoyésD’en haut, vaincus,…
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L’âne et le chien
Dans le monde, connu pour son humeur rétive.Ses oreilles, sa voix et sa ténacité,Grand docteur, un âne bâtéJadis, apostrophait une locomotive.La machine était au repos.« De Castor, disait-il, si j’en crois les propos,Tu traînes, sous le choc d’une habile manœuvre,Plus rapide que l’air, cette immense couleuvre,Ces fardeaux entassés, ce village de bois… C’est folie !…
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Le merle et le dindon
Un merle sifflait dans sa cage.Il chantait… non pas la gaieté,Mais ce triste bonheur que goûte encor le sageSans patrie et sans liberté.Vaniteux, sot et fat, comme ceux de sa race,Un dindon lui fit ce discours :« De tes grands airs pourquoi ne pas nous faire grâce ?« Peut-on chanter ainsi sans gloire et sans…
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Ce que me dit la raison (la suite)
Les êtres sont plusieurs, mais la substance est une ;Vérité rare encore et qui sera commune,Quand l’homme osera lire au livre précieuxQue la nature tient ouvert devant ses yeux.Du lâche préjugé perçant le voile sombre,Autrefois Pythagore enseignait que le nombreEst le père commun des êtres si divers Qui remplissent l’espace et peuplent l’univers.Du philosophe grec,…
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Ce que me dit la raison
Je suis ; le monde existe, et quoi qu’on puisse dire,A moins que mon esprit ne fût dans le délire,Je ne douterai pas de ces deux vérités.Il est triste de voir des hommes entêtésA vouloir démontrer l’évidence et de rageDe n’y point réussir, la nier. Il est sageDe ne pas contester que quelque chose soitSans…
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Azor et le mendiant
Je vous présente Azor… Je ne saurais mieux faire.Son œil intelligent respire la bonté.Il pourrait au besoin, étaler pour vous plaire,Ses talents de société.Mais savez-vous pourquoi je l’estime et le loue ?C’est qu’il remplit sa tâche, enfermé dans sa roue.C’est là qu’il faut le voir, à jeun le plus souventPour servir un maître qu’il aime,S’élancer,…