• Les campagnards et le chêne

    Un jour d’honnêtes campagnards, Debout devant un chêne énorme, au front immense, Le mesuraient de leurs regards. En vain nous prodiguons, dit l’un, notre semence Le long de ces sillons hersés et bien fumés: Rien ne pousse; l’engrais, les sucs sont consommés Par ces rameaux nombreux et cet épais feuillage; C’est faire de son bien…

  • Le jugement dernier

    Une ombre se penche, lumineuse et aimanteSur un corps fatigué, que la vieillesse voûte ;D’une lèvre tremblanteEt pathétique, ce vieillard doute La frayeur saisit, au bord du gouffre,Le crime comme la vertuL’âme se tord et souffreLorsqu’elle se sent mise à nue Et la tombe scrute cette profondeur :L’hommeEt sans erreurDu mal et du bien fait…

  • L’Échappée Belle à Deux

    Décrivez l’un de vos moments préférés. Sur les chemins du monde, main dans la main,Nos cœurs s’éveillent au petit matin.Un sac à dos léger, un plan incertain,L’aventure nous appelle, loin du chagrin.Les ruelles pavées, murmures anciens,Nos pas résonnent, doux et sereins.Un café fumant sur une place, un festin,Le temps suspendu, sans nul besoin.Au fil des…

  • LA PLUME OU L’ÉPÉE

    L’épée n’est qu’un coup d’ombreLa plume un coup d’éclairL’une creuse un trou sombreQuand l’autre vous déterre Le fer assassinPeut vous ravir la lumièreIl vous assure au moinsL’anonymat tranquille du cimetière Mais celui qui succombeD’un livre en plein coeurNe trouvera jamais une tombeOù se reposer une heure Car un auteur poursuit toujours sa victimeSans se soucier…

  • La colère

    Un feu sourd au fond de l’être,Une braise, une étincelle,Puis la flamme, ardente et traître,Qui consume et se révèle. Elle monte, vague amère,Submerge le cœur, l’esprit,Tord les mots, rend la lumièreObscure, tout devient gris. Les poings serrés, le regard noir,Un souffle court, une tension,Elle veut éclater, se faire voir,Détruire toute opposition. Mais dans son sillage…

  • L’espace

    L’espace est un long silence plein de bruitsC’est un cri muet poussé à l’infiniUn écho sans âge où se mêlent confusémentLe verbe des morts au verbe des vivantsPour chanter ce chant phénoménal :Les tombeaux mènent aux étoiles ! Oui l’univers sans cesse bégaie l’alphabet de la vieL’Amour en est la première lettre à moins que…

  • La nature

    Sur le tapis de mousse, l’aube se lève douce,Le chant des oiseaux perce le silence profond,Un voile de rosée sur les feuilles se dépose,Et le soleil, timide, dore l’horizon rond. Le souffle du vent murmure des secrets anciens,Dans la danse des branches, une symphonie s’éveille,Les arbres majestueux, gardiens des lieux sereins,Offrent leur ombre fraîche, un…

  • Le passage

    Ici repose un souffle, une ombre, une étincelle,Passant furtif, que l’éternité appelle.Le voyage s’achève, le chemin s’est dissous,Sous l’œil bienveillant des cieux, pour toujours doux. N’attendez point de larmes, ni de plaintes amères,Juste la paix d’une âme libre de ses chimères.La vie fut un jardin, semé de joies, de peines,Dont les fleurs fanées retournent à…

  • Antipathie

    Dans le théâtre des cœurs, où les âmes se croisent,Parfois, sans crier gare, une ombre se déploie.Nul mot n’a été dit, nul geste ne déçoit,Pourtant, un voile opaque entre deux êtres poise.L’antipathie naît, mystère insaisissable,Comme une brume froide, un étrange frisson,Elle s’installe en nous, fardeau ineffaçable,Dénué de raison, échappant à la vision. Un regard furtif,…

  • Renaître de l’emprise

    Dans l’ombre douce où l’amour semble naître et fleurir,Un fil subtil se tisse, que l’âme ne voit venir.Une main tendue, un sourire si parfait,Étreinte trompeuse où l’être se défait.La caresse d’abord, légère et bienveillante,Puis le piège se referme, la toile est saisissante.Les mots doux deviennent des ordres insidieux,Le ciel s’assombrit, l’horizon est plus pieux. Le…