Dans le pli le plus sombre, quelque chose s’ouvre.
Mon regard s’y dénude,
et je rencontre la part de moi
qui marche sans nom dans mes profondeurs.

L’écho me revient,
non comme une réponse,
mais comme une présence ancienne
qui me reconnaît avant que je parle.

Je vis entre deux souffles :
celui qui me retient au bord du monde
et celui qui m’appelle plus bas,
là où les ombres savent encore écouter.

Qu’est-ce que la chute,
sinon une noblesse mal accordée au jour ?
La lumière brûle trop vite,
et mon ombre se fixe
sur les parois d’un lieu que je croyais désert.

Est-ce une grotte,
ou le passage étroit entre deux versions de moi-même ?
Je marche dans cette marge,
territoire sans contours
où tout correspond à tout
et où rien ne se laisse saisir.

Des oiseaux traversent ma nuit,
la lune se déchire,
et le midi se renverse en minuit.
Je m’éloigne pour me trouver,
je me perds pour me reconnaître,
je me défais pour renaître autrement.

Sombre est mon jour,
plus sombre encore mon désir.
Mon âme bourdonne contre le seuil,
comme une aile hésitante
qui ne sait plus quel ciel choisir.

Quel moi suis‑je,
sinon celui qui se relève
au cœur même de sa peur ?

L’esprit descend en lui-même,
et quelque chose, plus vaste, plus nu,
entre avec lui.
Alors le multiple se rassemble,
et l’un devient l’Un,
libre dans le vent qui déchire.

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