Creusant la nuit du silence,
j’ai fait demeure dans l’absence,
loin des formes, loin des visages,
l’ombre du moi s’est déliée.
Dans le désert du manque et de la faim,
j’ai poursuivi l’Aimé comme une étoile,
le prenant pour un joyau caché,
un absolu aux reflets d’or.
Mais le miroir s’est fendu
et l’éclat s’est dispersé,
me laissant nue
au seuil de mon propre nom.
Les jours ont coulé sans rive,
ivresse blanche, parole éteinte,
corps suspendu entre deux souffles.
Alors je suis restée,
sans quête, sans prière,
dans l’immobile offrande de l’être.
Les masques, un à un,
se sont effeuillés comme des peaux anciennes.
Et dans la chute des apparences,
j’ai cessé même de vouloir tomber.
N’étant rien,
je suis devenue espace.
Sûre de vaciller,
je ne sais plus rien,
sinon le souffle nu de la Vie
qui traverse le vide,
et cette braise sans visage,
ardente et silencieuse,
murmurant en moi
l’éternel « Je Suis ».

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