Il suffit quelques fois, il suffit souvent
D’un vers, d’une note bleue, d’une couleur
Pour essuyer une larme à la joue de l’enfant
Pour arrêter un roi toute une heure.
Il suffit quelques fois, il suffit souvent
Pour effacer la mort, pour effacer la peur
Pour déchirer le lit funèbre noir aux liserés d’argent
D’une courbe sur le marbre du sculpteur.
Elle murmure aux humains en deuil
Dans la beauté figée de la pierre
Qu’à l’instant où se ferme l’œil
Sur un autre monde s’ouvre la paupière.
Il suffit quelques fois, il suffit souvent
Pour retrouver le sens d’une vie
Oublié au fond d’un couvent
D’une chanson, d’une prophétie.
Car l’artiste est un devin
Devinant les rêves d’un « Père »
Et qui a pour tâche, aux yeux humains
De les sculpter dans le limon de la terre.
L’art est le langage du firmament
Parlé depuis les berges du Nil jusqu’aux confins de l’Univers
Alphabet énorme roulé sur la portée du temps
Traversant les âmes des races guerrières
Soufflant sur brute pour en faire un enfant
Et faire d’un enfant une vivante prière.
Ni mineur, ni majeur mais absolu
Portant en lui l’humaine condition
L’art réclame le fruit vermeil et défendu
De la conscience qu’il donne comme une révolution.
Il suffit quelques fois, il suffit souvent
D’une symphonie, d’une toile, d’un poème
Pour que le dernier mot aux lèvres du mourant
S’achève par « je t’aime »
Tout simplement.
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