Au bord d’une forêt tranquille vivait un Souvenir.
Il n’avait pas de corps, seulement une petite lumière bleue
qui avançait lentement entre les arbres,
comme une veilleuse oubliée par le temps.
Chaque nuit, il quittait la forêt pour traverser le village.
Il ne faisait aucun bruit.
Mais quand il passait devant une maison,
l’air changeait légèrement,
comme si quelque chose d’ancien se réveillait dans les murs.
Les habitants le connaissaient bien.
Certains fermaient leurs volets dès qu’ils apercevaient sa lueur.
Ils avaient peur de revoir des moments qu’ils préféraient laisser derrière eux.
D’autres, au contraire, restaient immobiles,
espérant que le Souvenir leur rende un instant précieux
qu’ils avaient perdu dans le tourbillon des années.
Un soir d’hiver, alors que la neige étouffait tous les sons,
une vieille femme sortit de chez elle.
Elle marchait lentement, mais sans hésitation.
Elle s’arrêta à la lisière de la forêt
et attendit.
Quand le Souvenir arriva, elle ne recula pas.
Elle dit simplement :
— Je sais pourquoi tu viens.
Tu n’es pas là pour me ramener en arrière.
Tu es là pour me rappeler ce qui vit encore en moi.
La lumière bleue se mit alors à briller plus fort.
Devant elle apparut une scène simple :
un rire, une main serrée,
un matin où elle s’était sentie pleinement vivante.
Ce n’était pas un regret.
C’était une preuve.
La preuve qu’elle avait aimé, qu’elle avait été aimée,
qu’elle avait traversé la vie avec intensité.
Quand l’image disparut, la femme ne pleurait pas.
Elle respirait calmement.
— Merci, dit-elle. Tu peux continuer ton chemin.
Le Souvenir repartit dans la nuit,
plus stable, presque fier.
Il avait compris que sa mission n’était pas de retenir les gens dans le passé,
mais de raviver en eux ce qui n’était pas mort.
Depuis ce soir-là, il traverse toujours le village.
Il ne force rien.
Il attend seulement qu’on l’accueille.
Car un souvenir n’est pas une prison.
C’est une petite lampe intérieure
qui éclaire ce qui reste vivant.
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