Morphée avait plongé mes sens dans le sommeil ;
Mon Esprit, affranchi de ce lourd appareil,
Voulut s’émanciper et voguer dans l’espace,
Abandonnant son corps comme un soldat la place.
Semblable au prisonnier qui gémit dans les fers,
Il voulut, libre enfin, s’élever dans les airs ;
Était-ce un souvenir, un caprice, un mystère
Qui portait mon Esprit à délaisser la terre ?
Je ne saurais le dire, et lui-même, au retour,
A cette question répond par un détour.
Mais je compris bientôt le motif de sa ruse
Et me fâchai beaucoup, n’aimant pas qu’on m’abuse.
Au moins me direz-vous, Esprit capricieux,
Ce que vous avez vu dans ce voyage aux cieux ?

Pour te plaire, il faut bien te dire quelque chose ;
Autrement, le geôlier, dans son humeur morose,
Tiendrait au prisonnier quelque discours brutal
Et le pauvre captif n’en serait que plus mal…
Sache donc… – Attendez. Est-ce bien de l’histoire
Que vous m’allez conter ? – Oh ! oui, tu peux m’en croire.
Sache donc qu’autrefois, au monde des Esprits
Je laissai des parents et bon nombre d’amis :
Je voulais les revoir : car l’exil sur la terre
N’est pas fait, crois-le bien, pour amuser et plaire !
Profitant du sommeil qui te clouait au lit,
Je laissai là mon corps, et bientôt, tout Esprit,
Je franchis les degrés qui séparent les mondes,
Faisant ce long trajet en moins de deux secondes.
Il fallait se hâter, car le moindre retard
Pouvait te compromettre. Hélas ! si par hasard
Je m’étais oublié dans ma course lointaine,
Au retour, vois-tu bien, c’était chose certaine,
Je trouvais un cadavre à la place d’un corps.


J’ai voulu m’éviter un semblable remords.
Je savais qu’en restant je commettrais un crime,
Dieu seul devant briser notre union intime.

Merci du souvenir, cher Esprit empressé ;
Il n’en est pas moins vrai que j’étais trépassé
Si le moindre retard… Ah ! foi de corps honnête,
Je sens tous mes cheveux se dresser sur ma tête !

Marton by David Stowell is licensed under CC-BY-SA 2.0

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