Un mot retenu n’est jamais silencieux.
Il s’accumule dans la poitrine comme une pierre humide,
il s’alourdit de tout ce qu’il aurait pu changer,
de tout ce qu’il aurait pu apaiser.
Un mot qu’on n’a pas dit ne disparaît pas :
il se transforme en tension,
en battement irrégulier,
en ombre derrière chaque geste.
Il devient une présence secrète,
un poids sans forme,
un fantôme qui réclame son passage.
Parfois, il suffit de le prononcer pour que l’air redevienne respirable.
Parfois, il suffit de le laisser sortir pour que le corps retrouve sa place.
Car les mots ne sont jamais faits pour être enfermés :
ils sont faits pour circuler,
pour éclairer,
pour libérer.
Et ce qui pèse le plus n’est pas le mot lui-même,
mais le courage qu’il attend.
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