Que se passe-t-il donc ? Où suis-je ? Dans quel lieu ?
Je ne vois ni les saints, ni les anges, ni Dieu ;
Ni les blonds Chérubins et leurs brillantes ailes.
Je n’entends pas les sons des harpes éternelles.
Je ne vois rien ; je suis dans la profonde nuit.
Pour éclairer ma route aucun flambeau ne luit.
Je m’avance à tâtons au milieu des ténèbres.
0 mon Dieu ! J’aperçois des visages funèbres ;
D’autres qui semblent rire et se moquer de moi.
Vierge sainte, à mon aide où je mourrai d’effroi.
Hélas ! J’appelle en vain; je suis abandonnée.
Quel trouble ! A quelle épreuve es-tu donc condamnée,
0 mon âme ! Voici, des cornes à leurs fronts,
Et de fourches armées, d’effroyables démons.
Vade retro. Je suis une pieuse fille.
Voyez mon scapulaire et cette croix qui brille.
J’ai droit au paradis : vos efforts seront vains ;
Mon confesseur l’a dit ; allez-vous-en, vilains.
Ils avancent toujours ! Eh quoi ! Tant de prières,
Tant de saints invoqués et tant de sanctuaires
Visités et dotés, tant de confessions,
Tant de cierges offerts, tant d’absolutions
Ne me sauveraient point ? Non, je ne puis le croire.
Vous êtes, n’est-cc pas, démons du purgatoire ?
Avec trop de faveur nul ne doit se juger ;
Je pourrais bien avoir quelque faute à purger.
J’en conviens, j’en conviens, j’eus aussi mes faiblesses ;
Mais je m’en confessais et j’ai laissé des messes.
Oyez, on en dit une à mon intention.
A genoux, à genoux : la bénédiction !
Ils ne m’écoutent point ! D’épouvante j’expire.
Bon! Voilà maintenant qu’ils éclatent de rire.
On dirait, après tout, qu’ils ne sont pas méchants ;
Qu’ils veulent m’éprouver, comme font les enfants.
C’est drôle, j’en vois un, à la rouge calotte,
Qu’il me semble. Je suis le sacristain Carotte,
Le bon vieux, tu sais bien.
Chut, chut, cela suffit ;
Nous fûmes tous pécheurs. Oui, tu fus pécheresse.
Sans doute ; mais j’allais tous les jours à confesse.
Cela compense tout. Ça ne compense rien.
Fi ! Le vieux mécréant. Tu le vois pourtant bien.
Crois-moi, quitte ces airs ; ils ne sont pas de mise
Ici. Mais les pouvoirs de notre sainte Eglise ?
Expirent à la mort. Je suis donc à jamais
Condamnée à souffrir ? Pas aussi longtemps, mais,
Comme nous, tu devras faire ta pénitence.
Tiens, du vieux mécréant écoute la sentence.
Dans ce monde je suis déjà depuis longtemps.
Les yeux de mon esprit sont dessillés. J’entends
Des choses qui pour toi sont encor fort obscures.
Lorsque l’on veut du Ciel dans les régions pures
Pouvoir entrer, il faut que soi-même on soit pur ;
Il faut se nettoyer ; c’est le seul moyen sûr.


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