Dans l’aube lente où s’efface la nuit,
le monde ouvre ses paupières de brume.
Un souffle passe, à peine, et puis conduit
les arbres vers leur silence qui s’allume.
La terre encore garde au creux de ses veines
la mémoire obscure des pluies anciennes ;
chaque pierre y repose une part de peine,
chaque source y murmure une paix humaine.
Et moi, je marche au bord de mes pensées,
comme on traverse un jardin sans nom,
où les fleurs semblent par l’ombre blessées
mais gardent au cœur une secrète chanson.
Le vent me parle avec des mots de cendre,
avec des voix que nul n’a su garder ;
il dit que l’âme apprend toujours à descendre
avant de savoir vraiment s’élever.
Alors je tends les mains vers l’invisible,
vers ce qui fuit, ce qui tremble, ce qui luit ;
et dans le vide immense et fragile
je sens passer la douceur de la nuit.
Car toute chose a sa part de mystère,
son feu caché derrière le voile du jour ;
la douleur même, au bord de la lumière,
porte parfois la patience de l’amour.
Et l’homme, humble passager des saisons,
cueille au passage un peu d’ombre et d’étoile ;
il bâtit son souffle avec des raisons
que le silence, ensuite, dévoile.
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