Quand le Globe futur, entrainé dans l’espace,
Métal en fusion, grand tourbillon de feu,
Sous l’épaisse vapeur qui presse sa surface,
Se refroidit un peu,
On voit bientôt la Vie, en des essais informes,
Du Monde qui commence agiter le limon,
Et se fractionner en des milliers de formes,
Sans famille et sans nom.
C’est l’heure du Chaos, et des choses énormes ;
Embryons monstrueux, infusoires géants,
Pêle-mêle, au hasard, immondes et difformes,
Éclosent tout béants.
Les gaz, la terre, l’eau confondent leurs mélanges.
Dans ces amas impurs, d’où l’ordre sortira,
La nature pétrit les ébauches étranges
De tout ce qui sera.
Dans l’onde bouillonnante et les plaines fangeuses,
A la crête des monts, sur les flots noirs dressés,
Naissent, de toutes parts, les plantes tortueuses,
Les monstres cuirassés.
Le Dragon fabuleux et le sombre Vampire,
Effroyables démons dignes d’un tel enfer,
Prennent possession de ce lugubre empire
Qu’illumine l’éclair.
Tout ce monde hideux, épars dans les ténèbres,
Aux éclats de la foudre, au choc des éléments,
Dans ses combats affreux, dans ses amours funèbres,
Unit ses hurlements.
Et, par instants, crevant son écorce mouvante,
Le feu captif, qui roule et fermente à grand bruit,
Volcan improvisé, jette une autre épouvante,
Dans cette horrible nuit.
Parfois un grand déluge et son deuil séculaire
Interrompent la vie, effacent ses travaux ;
Mais c’est pour préparer une nouvelle terre,
Et des moules nouveaux ;
Et les rocs étagés, précieuses archives,
Où les créations s’impriment tour à tour,

Conservent, dans leurs flancs, les pages successives,
Que nous lirons un jour…
Le Globe s’élabore, et les temps se succèdent ;
Un vaste continent s’est déjà soulevé ;
Les flots, tièdes encore, se retirent, et cèdent
Le sol qu’ils ont couvé ;
Les fleuves écumeux, à travers les vallées,
Creusent des lits profonds à leurs parcours lointains,
Et la mousse gravit les montagnes pelées,
Aux cratères éteints.
L’air s’est purifié ; les vapeurs, plus légères,
Ont dégagé le ciel ; le soleil a paru ;
Une flore plus riche a chassé les fougères,
Et l’herbe tendre a crû ;
Et les grands ruminants, dans les plaines nouvelles,
Broutent paisiblement le pâturage amer ;
Et le premier vautour a déployé ses ailes,
Dans les champs bleus de l’air.
Va, Globe, suis le cours de tes œuvres sacrées !
Change, efface, reprends ton travail imparfait ;
Et, recevant d’en haut les saisons mesurées
Que le soleil te fait,
Emprunte à ses rayons la lumière et l’arôme !
De couleurs, de parfums, ardent à t’imprégner,
Prépare avec amour le splendide royaume,
Où l’Homme doit régner !
Le jour est arrivé les fruits pendent aux branches ;
Les fleurs parfument l’air ; l’oiseau dit ses chansons ;
Les agneaux bondissants laissent leurs toisons blanches
Aux ronces des buissons ;
Le chien poursuit déjà la sauvage curée ;
On entend, au désert, la cavale hennir…
L’animal est fini ; la Nature est parée…
Le maître peut venir !
D’où vient-il, le front haut, la démarche altière ?
Désarmé, mais si fort ! souverain et régent,
Il mesure le ciel, et sonde la matière,
D’un œil intelligent…
Êtres qui l’entourez, est-il de votre race ?
Exprime-t-il en lui vos essors condensés,
Ou, dans une autre sphère, a-t-il laissé sa trace ?…
D’où vient-il ?… Je ne sais.

Dans les secrets que Dieu nous dévoile à ses heures,
Ce mystère profond reste encore enfoui.
L’esprit humain, devant les lois supérieures,
Se détourne, ébloui…
Nous la saurons un jour la loi qui nous fit naître,
Dieu mit dans nos désirs la soif de l’inconnu…
Si l’homme ignore encore la source de son être
Qu’importe ! – Il est venu !
Il est, venu, posé devant ce grand problème ;
Sentant, que, fait pour lui, ce monde était son bien ;
Mais timide, étonné de tout, et de lui-même,
Et ne comprenant rien…
Et le chaos s’est fait dans son intelligence ;
Et, comme en la matière, il produira son fruit.
C’est la commune loi de tout ce qui commence :
L’aurore après la nuit.
Cœur humain, aime donc ! cherche, science humaine !
Rencontrez-vous, tous deux, sur le même chemin !
Éclairons l’ignorance, et bannissons la haine ;
Prenons-nous par la main.
Aimons ! l’intelligence est un don secondaire.
Le voile de l’esprit, l’amour le lèvera.
Que l’homme embrasse l’homme, et dise à Dieu : − Mon père !
Le Genre humain sau

Photo de Brett Jordan sur Pexels.com

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