Les fleurs et les oiseaux, et le flot qui murmure,
Et la campagne verte, et les horizons bleus,
Toutes les voix de la nature
Disent à l’homme : − Sois heureux ! −
La Nature, c’est Dieu parlant à l’âme humaine ;
C’est le livre sacré, signé du Créateur.
− Je t’ai donné ce globe, ô race souveraine !
En jardins enchantés transforme ton domaine,
Pour ma gloire et pour ton bonheur ! −
L’homme, faible et craintif, aux premiers temps du monde,
Sous le malheur présent, sous le malheur prédit,
A proclamé sa chair immonde ;
A cru la terre un lieu maudit.
La vie est un exil, le travail un martyre ;
Il naît pour un combat sombre et perpétuel,
Immolé s’il raisonne, et damné s’il désire.
− Souffre et meurs ! Tu n’as pas même le droit de dire :
Mais que t’ai-je fait, Dieu cruel ? −
La parole divine, aujourd’hui mieux comprise,
N’apporte plus au cœur le désordre et l’effroi.
Les piliers de la grande Église
Sont la Raison, l’Amour, la Foi.
L’Enfant ne tremble plus devant son père : il l’aime !
L’homme ne pâlit plus devant le Dieu vengeur :
Il sent que sa terreur était presque un blasphème,
Et que, supposer Dieu nous jetant l’anathème,
C’était outrager sa grandeur.
Dieu n’a jamais maudit ; Dieu ne peut pas maudire.
Nous l’avions modelé sur nos propres erreurs ;
Nous lui prêtions notre délire,
Nos rancunes et nos fureurs.
L’éternelle Justice a son cours immuable ;
De ce qu’il a semé, chacun reçoit le fruit.
− Qui punit le méchant, qui frappe le coupable ?
− Le trouble de leur cœur, le remords implacable,
Et l’épouvante qui les suit. −
Rien ne marque la chair du sceau de l’infamie.
Enfants épanouis, couronnez-vous de fleurs !
Poètes, célébrez la Vie !
Peintres, étalez vos couleurs !
Dieu qui fit la beauté, la grâce, la jeunesse,
Mit un charme à l’amour, un attrait au plaisir.
Mais que tous aient leur part au banquet d’allégresse !
Travaille, Humanité, pour créer la richesse !
Le progrès est fils du désir,
Je rêve d’heureux jours, où la grande Harmonie
Unira ses enfants dans un destin commun.
Selon la parole bénie,
Tous les hommes ne seront qu’un,
Les deux puissants fléaux : Ignorance et Misère,
Ne feront plus douter les cœurs religieux.
Ce monde accomplira son progrès volontaire ;
Et les efforts humains gagneront, pour la terre,
Le bonheur qu’on ne croit qu’aux cieux.


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