Voyez dormir l’Enfant, cette âme toute neuve,
Tranquille, confiant, sûr qu’à chaque réveil,
Il trouvera toujours un sourire pareil,
La chanson qui l’égaie, et le lait qui l’abreuve !
Ainsi l’Homme a dormi sur le sein maternel,
Laissant couler sa vie insouciante et pure,
Quand, éclose à son tour, des flancs de la nature,
Sa race fut créée, an moment solennel.
Un vague souvenir de la première enfance.
A travers nos douleurs, a toujours persisté.
Pâle, indécis, confus, et mal interprété,
Il égara longtemps les âges d’ignorance.
Pourquoi ce bonheur calme a-t-il sitôt fini,
Pour faire place aux jours de misère et de lutte ?…
Les Sages des vieux temps nous parlent d’une chute,
Et d’un crime sans nom dont l’Homme fut puni…
Comment, croire à la faute et concevoir la peine ?
− Châtiment ! − dites-vous. C’est un mot odieux.
Il doit être inconnu dans la langue des dieux.
Il doit être effacé de la parole humaine.
Et ma raison reprend, d’accord avec mon cœur :
− Brahma, Bélus, Odin… − n’importe la croyance, −
Quel crime un être né dans l’état d’innocence,
Dieu juste, a-t-il commis pour un pareil malheur
Si tu l’as créé bon, le crime est impossible.
Si tu l’as fait méchant, la faute en est à toi ;
Et n’as-tu pas prévu qu’il trahirait sa foi,
Toi qui sais l’inconnu, toi qui vois l’invisible ?… −
Je retourne à l’enfant, et je l’entends crier.
Il est fort, et déjà s’éloigne de sa mère,
Il tombe, se relève ; il pleure de colère,
Et la mère sourit et le laisse… essayer !
− I1 faut bien que mon fils fasse un homme ! dit-elle. −
Nous sommes cet enfant que la Terre a sevré ;
Qui va seul, essayant son pas mal assuré ;
Qui s’obstine, s’irrite, et qu’une mère appelle.


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