Je suis le fils des vagues bleues ;
Le soleil m’a pris dans la mer,
Et j’ai fait des milliers de lieues
Sur les chemins flottants de l’air.
J’apporte aux continents la vie,
A l’atmosphère la fraîcheur,
Au poète la rêverie,
A vos horizons la couleur.
Les bois m’appellent dans ma course :
Ils ont leur dîme à prélever ;
Et je renouvelle la source
Où le chevreuil vient s’abreuver.
Buvez mon eau pure et féconde,
Biches, oiseaux et gazons verts !
Celui qui m’a tiré de l’onde,
A dispersé mes sels amers.
Je suis la rosée et, la pluie ;
Quand j’ai baigné l’herbe et les fleurs,
Un rayon de soleil m’essuie,
Pour aller me porter ailleurs.
Au sein de la terre vivante,
J’accomplis des travaux secrets ;
J’apprête les sucs que la plante
Fait monter dans les rameaux frais.
Les monts dont j’effleure la tête,
Sur leurs ravins pierreux penchés,
Me disent quand je passe : − Arrête !
Nos réservoirs sont desséchés. −
Mes nappes tombent des collines ;
Et déjà le génie humain
Dresse les plans de ses turbines,
Sur les pentes de mon chemin.
Ou bien, dais la chaudière ardente
Dont je mords en vain la paroi,
Il m’emprisonne haletante,
Et dit : − Esclave, entraîne-moi −
Utilise ma force, maitre !
Fais-en des ailes et des bras !
Demande encore ! je ferai naître
D’autres richesses sur mes pas.
Crains-tu que ton foyer s’éteigne ?
Marche, et prodigue sans terreur
Les épargnes de chaque règne !
J’ai la lumière et la chaleur.
Tentez ces nouvelles épreuves !…
Adieu, chercheurs de l’inconnu !
Je retourne, par les grands fleuves,
A la mer, d’où je suis venu.


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