l y a des jours où le monde pèse
non pas comme une pierre,
mais comme une foule entière
qui voudrait entrer dans une seule poitrine.


On dit « sois présent »,
« sois aimable »,
« sois là »,
comme si l’être était une ressource inépuisable,
comme si la lumière humaine
pouvait brûler sans jamais consumer la mèche.


Alors on sourit.
On ajuste son visage comme un masque de cérémonie.
On parle avec douceur,
on écoute avec patience,
on offre des fragments de soi
comme on distribue des miettes de pain
à des oiseaux affamés.


Mais un jour,
le silence intérieur se fissure.
Une fatigue ancienne remonte,
non pas celle du corps,
mais celle de l’âme qui a trop servi.


C’est un épuisement sans drame,
sans cri,
sans effondrement spectaculaire.
Juste une lassitude qui s’installe
comme une ombre qui ne veut plus partir.


On se surprend à rêver
d’une pièce sans voix,
d’un matin sans attentes,
d’un monde qui ne réclame rien.


On se surprend à vouloir
rendre les clés de la sociabilité,
comme on rend un uniforme trop lourd.


Le burn out social,
c’est cette étrange désertion intérieure :
on est encore là,
mais plus vraiment en notre intérieur.


On répond,
mais la réponse n’a plus de couleur.
On sourit,
mais le sourire n’a plus de racines.


Alors vient la question,
la seule qui compte :
où suis-je passé ?
Et c’est là que commence la philosophie,
non pas celle des livres,
mais celle du souffle.


On apprend à distinguer
le lien qui nourrit
du lien qui dévore.
On découvre que la solitude
n’est pas un désert,
mais un jardin en friche
qui attend qu’on le désherbe.


On comprend que l’on peut aimer
sans se sacrifier,
écouter sans s’effacer,
être présent sans se perdre.


On réapprend la lenteur,
la respiration,
la frontière douce mais ferme
qui dit :
« Je suis là,
mais je ne me laisserai plus disperser. »


Et peu à peu,
quelque chose revient.
Une étincelle.
Un goût.
Une voix intérieure
qui n’avait pas disparu,
seulement étouffée.


Alors on se relève,
non pas pour redevenir
ce que l’on était,
mais pour devenir
ce que l’on n’avait jamais osé être :
un être humain
qui se choisit.


Et le monde,
étonné,
apprend à nous rencontrer autrement.

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