La complaisance est un miroir poli de nos désirs,
où l’on se contemple sans jamais se voir.
On y gomme les angles, on y floute les failles,
pour ne garder de soi qu’un reflet supportable.

Elle chuchote : « Ne dérange rien »,
« ne bouscule pas l’ordre fragile de tes habitudes ».
Elle invite à sourire là où il faudrait questionner,
à acquiescer là où un doute se lève.

C’est une douceur qui anesthésie,
un baume posé sur la plaie de la lucidité.
Elle préfère la paix superficielle
au risque d’une vérité qui brûle.

La complaisance nous fait croire
qu’aimer, c’est approuver tout entier.
Mais peut-on vraiment respecter quelqu’un
sans parfois affronter son erreur avec honnêteté ?

Elle se glisse dans nos pensées comme un confort moral :
« Tu as déjà fait assez »,
« tu n’es pas responsable »,
« les choses sont comme elles sont ».

Pourtant, à force de ne rien troubler,
elle devient complice de ce qui blesse.
Elle ferme les yeux sur l’injustice discrète,
celle qui naît de notre indifférence polie.

La complaisance envers soi-même est plus subtile encore :
c’est se pardonner avant même d’avoir essayé,
se dire qu’on ne pouvait pas faire autrement
alors qu’on n’a pas voulu faire autrement.

Elle nous protège de la honte,
mais nous prive de la croissance.
Ce que nous refusons de voir en nous
reste maître de nos gestes.

Philosophiquement, la complaisance est un refus du tragique :
elle maquille la fracture entre ce qui est
et ce qui devrait être.
Elle préfère une cohérence confortable
à la tension vivante de la remise en question.

Sortir de la complaisance, ce n’est pas se flageller,
c’est accepter d’ouvrir les yeux plus grand.
C’est oser se dire : « Là, je me mens »,
et accueillir cette lucidité comme une chance.

Car la vraie douceur n’est pas complaisante :
elle sait nommer sans écraser,
regarder sans excuser tout,
aimer sans se rendre aveugle.

Entre la sévérité qui casse
et la complaisance qui endort,
il existe une voie plus ardue :
celle d’une exigence tendre,
où l’on se veut meilleur
non pour plaire,
mais pour être juste.

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