Les êtres sont plusieurs, mais la substance est une ;
Vérité rare encore et qui sera commune,
Quand l’homme osera lire au livre précieux
Que la nature tient ouvert devant ses yeux.
Du lâche préjugé perçant le voile sombre,
Autrefois Pythagore enseignait que le nombre
Est le père commun des êtres si divers

Qui remplissent l’espace et peuplent l’univers.
Du philosophe grec, l’analyse chimique
Un jour glorifiera la puissante logique.
Elle montre déjà que quelques éléments,
Ensemble combinés en nombres différents,
Forment tout ce qu’on voit et créent les différences
De formes, de couleurs, de vertus des substances.
Ainsi du vil fumier l’horrible puanteur
Se change en noble rose, à la suave odeur ;
L’union de deux gaz, l’oxygène et l’azote,
Comme air donne la vie et comme eau-forte l’ôte.
Suivez l’analogie et ce guide excellent
Vous conduira sans peine à l’unique élément.
On dira : ce système obscurcit le mystère
De la création plutôt qu’il ne l’éclaire.
Tous les êtres sont dieux, nul n’est le créateur,
Puisqu’ils sont tous égaux, parfaits et sans auteur.
Comment comprendre alors l’existence du monde ?
Quel acte l’a formé ? L’intelligence sonde
Ces abîmes en vain ; elle va jusqu’au fond,
Frappe et l’on n’ouvre pas, crie et nul ne répond.
La réponse s’obtient sans efforts héroïques.
Si les êtres sont tous éternels, identiques ;
Si nous reconnaissons que nul ne peut avoir
Plus de perfection, partant plus de pouvoir,
Et qu’on trouve pourtant dans ce monde visible
L’esprit qui sent et pense et l’atome insensible ;
Si la raison nous dit que l’on doit en montant
Arriver à quelqu’un qui tout voit, tout comprend,
Tout forme, tout dirige, aussitôt le mystère
Se dévoile et l’on sent qu’une mort volontaire,
Suicide fécond, a fourni l’élément
Qui du vaste univers forme le fondement.
Oui, la création est un grand sacrifice
Qu’accomplissent là-haut l’amour et la justice :
On crée en s’immolant ; profonde vérité
Que l’Inde proclama de toute antiquité !
Mais pourquoi cette mort ? Comment l’intelligence
Peut-elle se résoudre à cette déchéance,
A tomber du sommet de la perfection
Jusqu’au plus bas degré de la création ?
De la nature encore interrogeons le livre.
Nous y verrons écrit qu’un être ne peut vivre
Sans agir, s’efforcer, poursuivre un but, avoir
Un problème à résoudre, un plan à concevoir.
Or, si Dieu seul était, si les êtres sans nombre

Qui du monde créé vont progressant dans l’ombre,
Rentraient dans le Parfait, pour eux adieu l’effort,
L’ennui serait leur maître et leur vie une mort !
Qui sait tout, en effet, n’apprend pas s’il n’oublie.
Oublier c’est mourir ; sans la mort point de vie ;
On descend pour monter : le monde est le milieu
Que Dieu tombé parcourt pour remonter à Dieu.
Telle est la loi qu’on doit accepter sans murmure.
Nul ne nous l’imposa : c’est la loi de nature.
Nous ne la subissons que volontairement,
Et ne sommes tombés qu’avec consentement.
Il faut pour remonter bien des efforts sans doute ;
Mais l’effort c’est la vie, et si longue est la route,
Nous franchissons bientôt l’étape des douleurs,
Des incarnations, des coupables erreurs,
De l’enfance pendant laquelle la paresse,
De l’être qui renaît dangereuse maîtresse,
Sans le corps d’où lui vient le besoin propulseur,
Engourdi le tiendrait au sein de la torpeur.
Mais quand l’esprit enfin est sorti de son lange,
Quand, l’homme a disparu pour faire place à l’ange,
Nous goûtons un bonheur dont nous sentons le prix
D’autant plus vivement que nous l’avons conquis.
Tranquilles désormais, sans luttes douloureuses,
Nous gravissons du ciel les pentes glorieuses ;
L’amour grandit en nous à chaque ascension,
L’amour dont le bonheur est l’immolation,
Jusqu’à ce que rentrés dans Dieu, groupe sublime !
Quand le devoir le veut, nous plongions dans l’abîme.
Ainsi mourir, renaître et puis encor mourir,
Commencer de nouveau pour de nouveau finir,
Descendre de l’enfer dans la nuit ténébreuse
Pour regagner du ciel la clarté bienheureuse,
Voilà pour moi le vrai ! C’est la loi du retour,
Du sacrifice saint et du logique amour.
On voyait autrefois dans les temples la sphère
Symboliser ce grand et sublime mystère.
Sondez le panthéisme, il en est le soupçon ;
Le matérialisme, et vous verrez au fond,
Quoi ? le besoin de croire une même substance,
L’identité dans l’être et non la différence.
C’est le Brama de l’Inde et c’est l’antique Isis,
Sans voile se montrant à nos yeux éblouis.
De quel nom le nommer ? Déisme ? Panthéisme ?
Polythéisme ? Non, disons le Spiritisme.
C’est son vrai nom, le monde étant l’œuvre d’esprits,
En nombre qu’on ignore ; œuvre d’égaux, d’amis,
Tous vivant dans chacun, formant un être unique
Par leur identité. Nul système n’explique

Plus clairement du Christ le précepte divin
D’aimer d’un même amour Dieu, nous et le prochain.
Car le prochain c’est nous, et Dieu c’est nous encore !
De l’être universel que ma raison adore,
Chaque être étant un membre, on reconnaît pourquoi
Ce n’est pas bien s’aimer que de n’aimer que soi.
Universel amour ! du vrai le sceau suprême !
Celui qui mieux t’enfante est le meilleur système !

Photo de Mahdi Bafande sur Pexels.com

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