Pardon pour ces nuits sans lune Pardon pour ces jours sans pain Pour ces vases pleins d'une eau brune Pardon pour ce sein D'où le lait ne coule pas Pardon pour les famines, pardon pour le choléra.
Pardon pour ces cathédrales Pardon pour ces voûtes et ces vitraux Sous lesquels résonne un pas pontifical Marchant sur vos os Pardon pour ces sanctuaires qui devaient être les vôtres Où s'invite le diable à la table des apôtres.
Pardon pour ces écoles Où jamais vous n'irez Pardon pour ces mines où s'étiolent Vos six printemps consumés, A quoi bon savoir lire ou écrire d'ailleurs L'ignorance fait de bons travailleurs.
Pardon pour les massacres, les tueries Les carnages et les guerres Pardon pour le sang de vos pères sans vie Pour les larmes de vos pères Pleurant la nuit tout bas Pardon pour les orphelinats.
Pardon pour ces rivières, ces fontaines Pardon pour ces sources claires L'odeur du bois qui comme une haleine Flotte sur l'onde qui désaltère Votre héritage aura un autre goût Pardon pour ces décharges touffues au fumet d'égouts.
Pardon pour ces révolutions Pardon pour les grands soirs éphémères Qui ne sont que de grandes nuits où le frisson N'est pas celui du baiser d'une mère Déposé sur vos roses joues Mais celui de la guillotine donne en tranchant le cou !
Ô enfant de la Terre Pardonnez aux hommes Touchez leur détresse, sentez leur misère Voyez leurs faiblesses et faites la somme Ô anges aux ailes brisées Il est temps de leur apprendre à aimer.
Vous êtes l'espoir, vous êtes là vie Enfants, vous êtes cette aurore Qui annonce l'esprit Vous jouez à saute-mouton avec les morts Entre les tombes et les berceaux Cueillant les blés, brisant les faux !
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