Bien avant l'instant ultime et fatal
Où les yeux las de l'obscurité
S'ouvrent à la lumière
Où le corps malade et fatigué
Fait son lit d'un peu de terre
Je savais déjà que la pierre tombale
Ne serait pas mon unique chandelle
Ton ombre remplissait mon âme
Comme un vin doux que l'on boit sous la tonnelle
Allumant mon cœur de cette flamme
Où se consument la douleur et les fleurs du mal
Plusieurs fois j'aperçus ton visage rassurant
Il déversait sur moi son sourire éternel
Et je pouvais voir de temps en temps
Comme un reflet d'azur au fond de ta prunelle
Alors ma face pâle
S'illuminait pour eux sans raison
Mes amis s'imaginaient que j'étais la proie
D'une fièvre brûlante où naissent les visions
Quand je murmurais "je te vois"
Un bruit sourd précéda le sombre vole
Le rideau venait de tomber
Et je fis la Terre ma révérence
Déjà certain que j'allais me retrouver
Sur une autre scène pleine d'espérances
Mon corps couché se redressa dans un silence glacial
Je ne fus pas étonné de me voir alors
En même temps étendu sur ce lit froissé
Et debout à côté de ce mort
Gisant comme un costume oublié
Puis soudain tomba une nuit sidérale
Je n'eut pas le temps de prendre peur
Dans cette obscurité soudaine
J'entendais un souffleur
Annoncer d'une voix encore lointaine
Le dernier acte où le bien affronte le mal
Douze coups puis trois coups furent frappés
Quand le dernier résonna
Le rideau rouge fut tiré
Et l'obscurité s'éclipsa
Laissant place à un éblouissement, un rêve astral
Devant moi s'étalait le seuil d'un tunnel plein d'aurore
Au bout duquel se trouvait Armand
Au-devant d'autre corps
Tout aussi transparents
Je pleurais, je voulais crier mon bonheur à ce bal
Un piano semblait semer
Sous mes pas foulant les planches
De l'éternité
Des notes, des notes banches
Tout était pur, tout était cristal
Je tournais ivre de joie
Dans une symphonie de couleurs et de sons
Chaque bête se métamorphose dans son au-delà
Pour que chaque belle en nous poursuive la chanson.
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