Un merle sifflait dans sa cage.
Il chantait… non pas la gaieté,
Mais ce triste bonheur que goûte encor le sage
Sans patrie et sans liberté.
Vaniteux, sot et fat, comme ceux de sa race,
Un dindon lui fit ce discours :
« De tes grands airs pourquoi ne pas nous faire grâce ?
« Peut-on chanter ainsi sans gloire et sans amours ?
« Moi, fier de mes aïeux, né dans cette campagne,
« Je m’endors chaque nuit auprès de ma compagne ;
« J’ai de beaux enfants, dieu merci !
« Et seul, grâce à ma voix, je suis le maitre ici.
« La pintade m’adore, et la poule m’estime,
« Et toi… du lendemain, as-tu sondé l’abîme ?
« Ton aile est sans vigueur ; aux tourments dédié,
« Tu maigris ; tu me fais pitié !
« De ta prison pourquoi ne pas ouvrir la porte ? »
Il railla longtemps de la sorte…
Le merle l’écoutait dans sa cage blotti.
Ce qu’il répondit… je l’ignore.
Mais, quelques jours plus tard, le dindon fut rôti
Et le merle sifflait encore.
Dans la prospérité, sachez vous contenir ;
Le bonheur, trop souvent, n’est qu’un rêve éphémère,
Soyez bons pour autrui ; respectez la misère.
Si votre ciel est pur… l’orage peut venir.


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