Si curieux que cela vous paraisse et si drôle,
Nous, les morts, nous jouons sur la terre un tel rôle,
Que le vôtre, à côté, n’est qu’un vrai jeu d’enfants !
Car, c’est nous qui faisons la pluie et le beau temps,
Sous les ordres du Maître ; et c’est nous qui faisons
Germer vos grains en terre et mûrir vos moissons.
Qui produisons vos fruits, la rosée du matin ;
Enfin, pour dire tout, qui vous donnons la vie,
Grâce à notre travail ; et, toute notre envie
Est de bien vous servir.
C’est bien nous qui souffrons
Egalement le plus du mal de vos passions,
Parce que, non seulement, elles rendent l’atmosphère
Plus nuisible pour nous, mais, il est nécessaire
Que le travail des fluides que nous effectuons,
Soit plus considérable sur tout notre horizon,
Pour tenir l’équilibre et défendre vos vies
Contre les éléments et contre les maladies.
Vous ne pourrez vous faire que difficilement
Une idée approchée du travail de géant
Que, pour votre profit, nous faisons chaque jour,
Ne reposant jamais, luttant, luttant toujours.
Et, vous vous étonnez que l’on vienne aujourd’hui
Troubler votre repos et faire un peu de bruit !
Et, vous êtes surpris que tous ces innocents,
Que vos pêchés fatiguent, se disent mécontents !
Vous n’avez donc gardé, pour eux, aucun amour
Puisque vous les laissez souffrir ainsi toujours ?
Ah ! Frères incarnés, c’est assez de patience,
Assez de bonhomie, assez de tolérance !
Nul n’y peut plus tenir, car toutes les concessions
Sont du même côté.
Vous prenez la maison
Pour votre propriété spéciale, entière,
Oubliant que tous ceux qui sont au cimetière
Ont sur elle des droits, et des droits bien plus forts,
Travaillant davantage, depuis qu’on les croit morts !
Soyez-en bien certains, notre temps est rempli.
En partageant la terre, au travail accompli,
Entre vous, les vivants, et nous qui sommes morts,
Vous seriez, à coup sûr, bien vite mis dehors ;
Car, ce que vous y faites, si grand que cela soit,
N’y compte même pas pour la valeur d’un pois,
Par rapport au travail que font ceux de l’espace.
Et, vous voudriez encore avoir toute la place ?
Vous êtes sans façon, ma parole d’honneur !
Vous manquez de justice et vous manquez de cœur !
Puisqu’il en est ainsi, nous qui sommes plus forts,
Fondés sur notre droit, nous jetterons dehors,
Sans pitié ni merci, sans mécontentement,
Tous les présomptueux et tous les ignorants
Qui nous refuseront la place à leur foyer,
Car nous ne voulons plus, par vous, être oubliés.


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