0 savants, mes amis, comme on est confondu
Lorsque la vérité se montre toute nue !
C’est un éclair brillant qui vous transperce l’âme,
Auquel rien ne résiste, dont la rapide flamme
Vous transporte de joie, vous confond d’émotion,
Et vous cause un délire si doucereux, si bon,
Qu’on reste suspendu, pris de certaine gêne,
N’osant pas respirer, de peur que cette haleine
N’en détruise l’effet ou ne vienne ternir
Son brillant que l’on veut ne jamais voir finir.
Quel bonheur est celui de l’âme d’un mortel,
Quand a sonné pour lui ce moment solennel
De sortir des ténèbres où tant il vivotait,
Et de voir flamboyer la belle vérité
Qu’il n’avait point connue !
Comme alors ses erreurs
Lui paraissent vilaines, le remplissent d’horreur !
Quel sentiment d’amour, pur, délicat et saint,
Quelle reconnaissance alors pour le Divin
Se font jour en cette âme ! Comme elle se sent légère
Dépouillée des erreurs ! Et, comme on la voit fière,
Contente d’elle-même, ne pouvant se lasser
De confronter ensemble : avenir et passé !
L’avenir lumineux, sans limites et sans fin,
Où l’âme vit heureuse, délivrée des chagrins,
Où tout est enchanteur, tout resplendit d’amour,
Où le bonheur parfait s’accroit de jour en jour,
Où tout est toujours pur, fraîchement embaumé,
Sans cesse rajeuni ; où tous savent s’aimer ;
Où règne une harmonie à nulle autre pareille ;
Où partout les merveilles succèdent aux merveilles !
Et le passé terrible, avec ses noirs tourments,
Ses ténèbres épaisses où vivent les méchants ;
Où partout l’ambition dévore ses semblables,
Leur tirant tout repos et les rendant capables
Des plus basses actions, où l’astuce et la fraude
Sont à l’ordre du jour, même dans les pagodes ;
Où l’orgueil le plus sot domine en souverain ;
Où l’amour de l’argent est l’amour des humains ;
Où l’ignorant commet toutes les infamies ;
Où l’on est dévoré par toutes les maladies ;
Où le vice est partout étouffant la vertu ;
Où le mensonge hideux fait l’asphyxie et tue ;
Où la guerre ravage et fait couler le sang,
Non point des potentats, mais des peuples innocents ;
Où l’on ne trouve pas une heure de repos
Qui ne soit expiée, payée cher aussitôt ;
Où la vie est, enfin, un perpétuel tourment
Qui ferait de l’enfer un séjour d’agrément !


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