Le souffle lourd, une aube hésitante,
La peur tisse ses toiles, silencieuse amante.
Elle imprègne l’air d’un frisson qui s’étire,
Ombre douce et farouche où rêve se retire.
Au matin, quand tout semble fragile,
Un souffle frôle l’âme, diffus et indocile.
C’est la peur, tapie dans un recoin du jour,
Qui veille en silence, redoutant l’amour.
Je la sens parfois monter, sans visage,
Comme un brouillard sur les montagnes du courage.
Elle parle bas, murmure mes défaites,
Et sur mes rêves trace des silhouettes.
Longtemps, j’ai fui son ombre taciturne,
Cherchant refuge dans des routes diurnes.
Mais elle marchait derrière, patiente et sûre,
Répétant mes serments dans ses morsures.
Alors vint l’heure du grand face-à-face,
Où plus rien n’excuse, où le cœur s’efface.
Sous mes paupières, un monde tremblait,
Celui que la peur enchaînait, voilait.
Je n’ai pas crié, je n’ai pas fui, encore,
Je me suis tournée vers elle, avec un regard d’aurore.
Et dans ce miroir lourd de défiance,
J’ai reconnu ma propre absence.
Car la peur n’est pas qu’un mur opaque,
C’est un passage, une voie, une flaque
Où se reflète la part dormante,
Qui veut grandir, mais se contente.
Je l’ai prise, cette main tremblante,
Et j’ai franchi la rive vacillante.
Chaque pas brûlait, chaque souffle doutait,
Mais la lumière, au loin, s’avançait.
Alors j’ai compris que vaincre ses peurs,
Ce n’est pas les taire, ni braver leurs ardeurs.
C’est apprendre à vivre avec leur trace,
À écouter leurs voix sans menace.
C’est marcher, même nu, sous la pluie des doutes,
Et sentir le monde éclore sur sa route.
C’est laisser la peur devenir alliée,
Gardienne de l’ombre qui veut s’éveiller.
Et lorsque le soir s’est lentement étendu,
Les peurs, lassées, se sont tues.
Elles reposaient, non vaincues, mais comprises,
Offrant à mon âme une promesse promise :
Qu’aucune clarté ne naît sans frayeur,
Et qu’aimer, c’est toujours vaincre ses peurs.
Et vint la paix du silence, où l’esprit se déploie,
Un souffle divin me caresse et se déploie
L’invisible lien qui jamais ne meurt,
Le chant secret qui vainc toutes les peurs.



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