Arrière ! Loin de nous ! Nuit obscure, éhontée !
Qui tant nous as gardés, dans ton obscurité,
Où le beau se confond à la noire laideur ;
Où le vrai ne se peut distinguer de l’erreur ;
Où toutes les passions se donnent rendez-vous ;
Où les pires des maux s’abattirent sur nous ;
Où, tantôt menacés et tantôt menaçants,
Nous ne cessâmes pas un seul jour nos tourments ;
Arrière ! Nuit obscure, fille de l’ignorance !
Disparais pour toujours ! Car ta sotte éloquence
Ne sut faire jamais que des discours trompeurs
Qui, délectant nos sens, endurcirent nos cœurs !
C’est toi qui, dans ce monde, où devrait régner l’ordre,
As su semer partout confusion et désordre !
C’est toi qui, par tes goûts, désordonnés et bas,
Sus nous entretenir dans l’ardeur des combats !
Et, c’est toi, toujours toi, par ton acharnement,
Qui fais régner l’erreur encore jusqu’à présent !
Que la justice du Père te soit bien indulgente !
Qu’il te délivre, enfin, de la noire tourmente
Qui t’abime toi-même ! Qu’un rayon lumineux
Eclaire tes ténèbres et dessille tes yeux !
Nous qui sommes sortis de tes rudes étreintes,
Nous n’aurons contre toi pas une seule plainte !
Car, si ta dure nuit nous fit beaucoup souffrir,
Elle nous prépara le plus bel avenir.


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