Douter ! Douter toujours ! 0 pauvre esprit humain !
Tu m’inspires pitié ! De tout cœur je te plains !
Plus on cherche à t’instruire ; plus on a de faiblesse
Et de bontés pour toi, plus tu causes tristesse !
Car, tu n’es pas encore satisfait sur un point
Que déjà ta raison investigue plus loin.
Aux débuts, mon vers libre causait ton épouvante !
Aujourd’hui, c’est sa forme qui te trouble et te hante.
De même que tu disais : » Ces vers-là sont trop sots
Pour notre prosodie, ils ne sont pas d’Hugo. «
De même, maintenant, tu t’en prends à la forme,
Et, pour peu, je le sens, tu m’enverrais sous l’orme !
Le vers d’Hugo, tu dis, était nerveux, cassant,
Parsemé d’antithèses, de mots retentissants,
Tandis que celui-ci, vraiment, c’est le contraire.
Il est doux, monotone, d’expression ordinaire,
Rien n’y sent la grandeur de son puissant génie,
De sa verve fougueuse.
Ainsi, tu me renies ?
A ton aise ! Mais, sache que je n’écris pour toi,
Et que je ne veux point me soumettre à ta loi !
Aussi trivial ou sot que mon vers te paraisse,
Je n’en fais aucun cas. Ici, rien ne nous blesse.
Retiens, pour ton usage, ce que déjà j’ai dit :
» Que vos règles ne sont celles du Paradis. «
Tandis qu’autour de vous vous recherchez l’emphase,
Nous voyons la beauté dans les plus simples phrases.
Ne pense point trouver le Hugo du passé,
Dans le vers actuel. N’y vois que la pensée,
Le fond et non la forme.
Me ferais-tu l’injure,
Lorsque tout se transforme, dans l’immense nature,
De penser que moi seul, sur la vaste filière
Des êtres qui progressent, dois rester en arrière ?
Je dis la vérité, je la dis de mon mieux,
Dans le langage simple, élevé de nos Cieux.
Sois donc plus confiante et redeviens plus sage.
Ecris, écris toujours ! Sais-tu combien tes pages
Viendront sécher de larmes et tarir de douleurs ?
Pour toi, comme pour moi, n’est-ce point le bonheur ?


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