Me voici revenu. Pourtant j’avais, Madame,

Juré sur mes grands dieux de ne jamais rimer.
C’est un triste métier que de faire imprimer
Les œuvres d’un auteur réduit à l’état d’âme.
J’avais fui loin de vous, mais un Esprit charmant
Risque, en parlant de nous, d’exciter le sourire.
Je pense qu’il en sait bien plus qu’il n’en veut dire,
Et qu’il a, quelque part, trouvé son revenant.
Un revenant ! Vraiment cela paraît étrange ;
Moi-même j’en ai ri quand j’étais ici-bas ;
Mais lorsque j’affirmais que je n’y croyais pas,
J’aurais, comme un sauveur, accueilli mon bon ange.
Que je l’aurais aimé, lorsque, le front jauni,
Appuyé sur ma main, la nuit, dans la fenêtre,
Mon esprit, en pleurant, sondait le grand peut-être,
En parcourant au loin les champs de l’infini !
Amis, qu’espérez-vous d’un siècle sans croyance ?
Quand vous aurez pressé votre fruit le plus beau,
L’homme trébuchera toujours sur un tombeau
Si, pour le soutenir, il n’a plus l’espérance.
Mais ces vers, dira-on, ils ne sont pas de lui.
Que m’importe, après tout, le blâme du vulgaire !
Lorsque j’étais vivant, il ne m’occupait guère ;
A plus forte raison en rirais-je aujourd’hui.

Desert Patterns by NASA Goddard Photo and Video is licensed under CC-BY 2.0

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