Ainsi, te voilà, pauvre Esprit,
Contemplant le jour et la nuit
La triste dune,
N’ayant, pour te désennuyer,
Que le chien qui vient aboyer
Au clair de lune.
Quand je te vois, seule et troublée,
Lever vers la voûte étoilée
Ton œil humide,
Je me souviens des tristes jours
Où je maudissais pour toujours
La terre aride.
Tout autant que toi, j’ai souffert,
En sentant dans ce grand désert
Mon cœur en flamme ;
Comme une perle au fond des mers,
J’ai cherché dans tout l’univers
Un cri de l’âme.
Pour apaiser ma tête en feu,
J’ai voyagé sous le ciel bleu
De l’Italie ;
Florence et Venise m’ont vu,
Parmi leurs filles au sein nu,
Traîner ma vie.
Parfois le pêcheur indolent
M’a vu pleurer, comme un enfant,
Près de la grève,
Et s’arrêtant, plein de piété,
Laisser ses filets qu’à moitié
La mer enlève.
Pauvre enfant, reviens près de nous ;
Comme on berce sur les genoux
L’enfant qui pleure,
Nous te conduirons à ton tour
Dans les terres pleines d’amour
Où je demeure.
Si dans ces vers écrits pour toi,
J’ai pris encore et malgré moi
Cette facture,
C’est pour affirmer aux savants,
Qui se moquent des revenants.


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