J’écouterai les voix qui me forcent d’écrire,
Frères ; mais n’attendez ni sublime délire,
Ni splendides grandeurs ;
Des Esprits bienveillants, la douce poésie
Aurait trouvé sans doute une main mieux choisie,
En la cherchant ailleurs.
N’importe, il faut parler, puisque leurs mains amies
S’imposent doucement aux cordes endormies
De mon faible instrument.
Ce n’est point de Sion la harpe prophétique,
Ni la lyre d’airain d’où le vates antique
Tirait un monument.
Instrument innommé, dans cet orchestre immense
Qui vibre avec amour vers la Toute-puissance
Son accord éternel,
Comme un son qui se perd au fond de la nature,
Et rappelle à nos sens, par un vague murmure,
Quelque chose du ciel,
Comme un écho lointain dans vos cœurs sympathiques,
Il voudrait réveiller des ombres fatidiques,
Ne fût-ce qu’un instant ;
Leur arracher des mots qui terrassent le doute,
En tirer les clartés qui brillent sur la route
Où le bonheur attend !
Mais cette ambition n’est-elle pas trop fière ?
Ai-je donc plus que vous l’éclatante lumière
Des sublimes Esprits ?
Oh ! Non ; mais ils sont là, près de ma pauvre table,
Dardant sur mon esprit un rayon charitable ;
Ils dictent et j’écris :
Du progrès en travail vous êtes l’avant-garde,
Amis ; qu’aucun de vous derrière ne regarde ;
Laissez fuir le passé,
A moins que trop empreints de la faiblesse humaine,
Votre œil n’y découvrît quelque reste de haine
Encor non effacé.
Alors, sans hésiter, retournez en arrière ;
Qu’un mouvement du cœur efface cette ornière
Où roula votre char.
Dieu le veut ! De l’orgueil, qu’il ne reste plus trace,
Courez !… Et revenez reprendre votre place
Sous le saint étendard !
Plus de divisions ! Les sublimes génies
Veulent conduire à Dieu les âmes réunies,
Dociles à leurs voix ;
Rappelez-vous celui qui répondit à Pierre
Dans un jour ton pardon doit relever ton frère
Septante fois sept fois !
Illimité ! Voilà le fond de la pensée.
Le pardon ne vit pas dans une âme faussée,
Que dépare l’orgueil ;
Mais vous, hommes virils, qui scellâtes vos langes,
Encore tout souillés de vaniteuses fanges,
Dans l’éternel cercueil ;
Vous qui vous honorez de suivre la bannière
Qu’ont les siècles, en vain, souillés de leur poussière,
Drapeau consolateur !
Hommes régénérés à la flamme divine,
Frères dans l’avenir, frères à l’origine,
Soyez -le par le cœur.
Spirites, vous avez une charge pesante ;
Ne repoussez jamais la main qu’on vous présente
Avec un cœur loyal :
La médiumnité, ce don vraiment céleste,
Saura vous préserver de toute erreur funeste,
De tout contact fatal.
De toute vérité, source vive et latente,
Elle inonde vos cœurs d’une onde consolante,
Qui ne tarit jamais,
Et quiconque aura bu de cette source pure,
Connaîtra mieux son Dieu, son être, la nature,
La vie et ses bienfaits.
Ah ! Faites saintement une si sainte chose :
Quand une mission sur vos têtes repose,
Nos conseils vous sont dus.
Interrogez, amis, car nous devons tous compte
Et des faux mouvements, et de la fausse honte
Et des moments perdus.
Une arme est en vos mains : le pardon des injures ;
Sans cela pourriez-vous élever des mains pures
Vers le trône de Dieu ?
La médiumnité féconde, éclaire ou brûle,
Et, robe de Nessus, étoufferait Hercule
Dans un cercle de feu.
Elle se changerait en poison dans la veine
De qui conserverait un atome de haine
Ou de vengeance au cœur.
A l’éternel amour vos âmes conviées,
Amis, ne sauraient être à ce point dévoyées,
Car le Christ est vainqueur !
A nous de recueillir ces sublimes trophées,
0 fils des vérités trop longtemps étouffées
Sous un passé si lourd !
Chantez d’une voix pure une si pure gloire,
Enfants, mais qu’avant tout votre chant de victoire
Ne soit qu’un chant d’amour !
Ils ont dit ! Et, portés sur leurs ailes rapides,
Prompts comme la pensée, aux horizons splendides,
Dans les lointains du ciel,
Ils remontent ! Et moi, j’ai juste assez d’haleine
Pour envoyer vers vous, dont mon âme est si pleine,
Mon salut fraternel.


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