Un tigre gouvernait. Sa robe mouchetée,
Sa tête vers les cieux royalement portée,
Ses ongles déchirants, son jarret assoupli,
Faisaient de ce monarque un monarque accompli.
D’un tel maître faut-il qu’un peuple se fatigue ?
Excités par un léopard,
Les loups secrètement formèrent une ligue ;
Enfin de la révolte on leva l’étendard.
Que de tristes horreurs !… On vit, sur les broussailles,
Des sujets expirants palpiter les entrailles ;
Détail ; n’en parlons plus. Un jour, à son réveil,
Peut-être à jeun, le tigre assembla son conseil.
Nobles Seigneurs, dit-il, dès longtemps on m’outrage :
« Nés pour la servitude, au cri de liberté,
Ils bravent ma clémence et mon autorité ;
Comprends-tu leur orgueil, toi, des ours le plus sage ?
Avec les loups je veux en finir promptement.
Comme moi, n’est-ce pas, tu frémis sous l’injure !
Je suivrai ton avis, quel qu’il soit, je le jure ;
Et tu sais si jamais j’ai trahi mon serment ;
Ta franchise me plaît ; j’ai dit, qu’on obéisse. »
Sire, répondit l’ours, j’obéis, écoutez :
« Il faut pour en finir avec les révoltés,
En finir avec l’injustice ».


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