Cet homme est là, malade, étendu dans son lit
Depuis bientôt dix ans, atteint dans son esprit
Aussi cruellement que dans son corps, la vague
Des pensées délirantes : il extravague.
Les docteurs ont en vain essayé de guérir
Ce mal mystérieux qu’on ne peut définir.
L’invasion en fut effrayante, soudaine.
Après un duel fatal, c’était un an à peine.
Il avait raide mort, d’un coup dans le côté,
Couché sur le terrain un rival détesté.
Il allait épouser une femme adorée
Et la vie à ses yeux s’offrait toute dorée.
Que d’espoirs sont ainsi dans ce monde trompés !
Que de rêves brillants tout à coup dissipés !
Le malade souvent se parlait à lui même.
Sa bouche proférait l’injure et le blasphème.
Il avait des cris sourds et des ricanements
Et son regard semblait menacer ses parents.
Quel mal étrange ! Hier, un cousin, un spirite
Absent depuis quinze ans, vient leur rendre visite.
Dès l’abord, il soupçonne une possession
Et, médium, procède à l’évocation.
L’infortuné s’agite aussitôt sur sa couche
Et le discours suivant s’échappe de sa bouche :
Que me veux-tu ? Je suis celui qu’il a tué.
Ah ! Ah ! Depuis longtemps à vaincre habitué,
Il croyait que pour moi l’heure de la vengeance
Ne sonnerait jamais. Dans plus d’une existence
Nous nous sommes heurtés, mais je le tiens enfin !
Il saura ce que c’est que souffrir, le coquin.
Le voilà ce beau fils, cité pour ses prouesses!
Oh ! Sa mère aura beau faire, dire des messes
A Marie, à Joseph ou bien à Cupertin,
Je me ris du curé comme du médecin.
Vengeance ! Le plaisir le plus doux que l’on goûte !
Je veux lui distiller la douleur goutte à goutte.
Et toi, laisse-moi faire, épargne tes discours.
Ils ne seraient pour lui, crois-moi d’aucun secours.
Que viens-tu me parler de pardon ? Sais-tu comme
Il s’est toujours conduit à mon égard, cet homme.
Ce scélérat, ce chien, ce lâche et vil esprit
Qui râle dans ce corps ? Sais-tu qu’il me surprit
Plus de vingt fois déjà par ses ruses atroces ?
Il ne s’attendait pas à de semblables noces !
Et cela durera, je l’espère, longtemps.
Oh ! Puisse-t-il au moins jusqu’à cent ans !
Aux parents consternés en voyant cette rage,
Il faut, dit le cousin, ne point perdre courage,
Prier et vous montrer envers lui bienveillants.
On dompte ainsi parfois des Esprits plus méchants.


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