Au-delà des vieux monts, j’entends un glas qui sonne.
Quel est donc ce grand mort, qui n’a pas de tombeau,
Qui gît abandonné, sans émouvoir personne,
Et n’a, pour éclairer l’ombre qui l’environne,
En haut, pas une étoile, en bas, pas un flambeau ?…
Des palais écroulés dans un marais immonde,
Lui font un lit de fange et de marbre glissant ;
Son linceul, dont les plis pourraient couvrir un monde,
Dans la noire épaisseur de cette nuit profonde,
Jette un sombre reflet d’or, de pourpre et de sang.
On sent autour de lui comme une odeur fétide
De peuples égorgés et de bûchers éteints ;
L’anathème est encore sur sa lèvre livide,
Et, de son bras raidi qui s’étend dans le vide,
Il semble nous montrer d’effroyables destins.
Le glas, répercuté de royaume en royaume,
Roule à travers l’Europe, et, franchissant les mers,
Porté sur l’Océan par un vaisseau fantôme,
Va faire tressaillir, atome par atome,
La cendre des Incas, dans les pampas désertes.
La Mecque, Bénarez, toutes les villes saintes,
Sous leurs temples géants sentent le sol trembler ;
Les voûtes de granit et les coupoles peintes
Chancellent sur leur base, et mugissent des plaintes
A leurs Dieux impuissants qui les laissent crouler.
Et le Lama d’Asie, en son palais magique,
Que la faux de la mort n’a jamais visité,
Interrompt un moment son lugubre cantique,
Pour écouter au loin cette voix métallique,
Qui lui prédit la fin de son éternité.
Et les dogmes de peur, et les dogmes de haine,
Torture, enfer, néant, Dieux jaloux, Dieux vainqueurs,
Et toutes ces fureurs de la démence humaine,
Se dissipent enfin devant l’aube sereine
De l’Idéal nouveau qui rafraîchit nos cœur.


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