Vie universelle
Partout l’Esprit de vie anime la substance,
Et l’atome en est pénétré ;
Minéral, plante, chair, remplis de son essence,
Vivent, à tout degré.
L’éternel ! Mouvement est sa force agissante ;
L’amour est son foyer, l’Infini son milieu.
Dans la forme passive et dans l’âme pensante,
Il manifeste Dieu.
Dieu, c’est TOUT, et c’est Lui, simple, multiple, immense,
Créant, de toute éternité,
Les fractions sans fin qu’il contient en puissance.
Dans sa grande Unité.
Et, dans l’Être absolu, la Vie universelle
Réalise partout ses attributs divers ;
Et Dieu vit dans le tout, et dans chaque parcelle
Des vastes univers.
Voilà le dernier but, et la première cause,
Le pourquoi suprême et commun :
Dieu se manifestant dans l’être et dans la chose.
Et restant toujours UN !
Ainsi, de l’unité découlent tous les nombres ;
Ainsi, le fil vibrant donne tous les accords ;
Ainsi, le blanc contient les rayons, clairs ou sombres,
Dont se parent les corps.
Vie individuelle
Au foyer d’où sans cesse elle émane, sans cesse
La Vie aspire à remonter.
C’est l’invincible élan par lequel tout progresse,
Et se laisse emporter ;
C’est le flot infini de la force animique,
Refluant vers le cœur pour s’imprégner d’amour ;
C’est le double courant de l’échelle mystique,
Que Jacob vit un jour.
Pleine du feu vivant, la matière fermente ;
Et l’Esprit, cherchant son chemin,
S’individualise et, monte dans la plante,
Premier essor divin !
Par un effort nouveau, s’arrachant de la terre,
Il bondit sur le sol, ou plane dans les airs,
Inconscient encore, mais déjà volontaire,
En ses instincts divers.
Un pas de plus, l’instinct devient Intelligence ;
L’être pivotal est formé.
La Conscience naît, et son règne commence ;
L’Homme s’est affirmé !
La ligne du progrès n’est plus droite et fatale ;
Pour de plus grands destins, le libre arbitre éclot.
C’est par la volonté, c’est par la loi morale,
Qu’il doit monter plus haut.
Immortalité
C’en est fait : point acquis dans l’Ame universelle,
Le moi s’est posé pour toujours.
Suis ton expansion, Vie individuelle !
Va, sans compter les jours !
Tu peux faillir, errer, diminuer ton être,
Et te nier toi-même, et blasphémer Dieu !… Mais
Passer, t’évanouir, t’effacer, disparaître…
Jamais, jamais, jamais !
Voyez-vous ce travail de millions d’années
Créant enfin l’être pensant,
L’embrasant de la soif des hautes destinées.
Libre, fier et puissant !
Donnant à ses ardeurs l’immensité pour temple.
Épurant sa raison au creuset des douleurs,
Lui révélant la vie, et lui disant : − « Contemple,
Aime, désire… et meurs ! » −
Mystification ! absurdité suprême !
− Meurs ! − au profit de quoi, de qui ?
De Dieu, qui développe et dévore lui-même
L’être émané de lui ?…
Mais, pour s’alimenter, s’il lui fallait reprendre
Ce germe à peine éclos, qui n’a pu que souffrir.
Il nous eût épargné l’angoisse de comprendre
Que nous devons mourir.
Dieu ne peut infliger d’inutile torture ;
Si l’inévitable trépas
Devait anéantir toute la créature.
Nous ne le verrions pas !
L’animal songe-t-il à cette heure terrible ?
L’homme, seul, sait la Mort, et n’ose pas bénir,
Grande prévision, cette preuve infaillible
De son vaste avenir !
Ou bien, débris épars d’ébauches incomplètes,
Sommes-nous rejetés chacun,
Pour servir à tremper des âmes plus parfaites,
Dans le foyer commun ;
Et toujours, à nouveau, sans que l’épreuve cesse,
Naissons-nous pour lutter, souffrir et mourir tous,
Tour à tour supprimés au profit de l’espèce ?…
Mais l’espèce, c’est nous !
C’est l’homme d’aujourd’hui, ceux d’hier qui vécurent,
Ceux qui doivent vivre demain,
Fils du même berceau, dont les pas se mesurent
Sur le même chemin !
Qu’est dont cet être abstrait qu’on appelle l’Espèce,
Qui doit cueillir l’épi que chacun a semé ;
Comment existe-t-il, si l’on détruit sans cesse
Ce dont il est formé ?
Mais ce n’est, pas cela. D’abord, Dieu n’est qu’un rêve ;
Rayons ce mot naïf et vain !
Bonté, puissance, amour… or çà, que l’on enlève
Tout ce fatras divin !
En vertu d’une loi sourde, aveugle et muette,
La matière se meut par son propre ressort ;
L’atome s’agglomère, ou bien se déconcrète ;
C’est la vie, ou la mort !
Et c’est tout : c’est la loi ! qu’il végète ou qu’il pense,
Brin d’herbe, homme, instinct ou raison,
Entre tout ce qui vit, la seule différence,
C’est la combinaison.
Un peu moins de carbone, un peu plus d’oxygène,
Une dose d’azote, et Newton est à point !…
Eût-on jamais rêvé que la démence humaine
Pouvait aller si loin !
Ils ont fait plus : ils ont décapité leur âme ;
Ils lui retranchent, sans pitié,
Tout ce qui l’anoblit, et tout ce qui l’enflamme,
Sa plus riche moitié !
Cette soif d’infini, ces élans d’un cœur libre
Qui cherche, aspire et porte à l’Idéal ses vœux,
Savez-vous ce que c’est ?… Un défaut d’équilibre
Du système nerveux !…
Qu’importent ces erreurs pour le progrès du monde ?
Qu’importe à l’astre radieux
Le nuage qui passe, et voile, une seconde,
Ses rayons glorieux ?
L’homme a l’horreur du vide, autant que la Nature ;
Dans sa recherche ardente il ne peut s’arrêter ;
Jusqu’au fond du néant son esprit s’aventure,
Plutôt que de douter.
Mais que notre horizon se découvre et s’étende ;
Que les siècles, régénérés,
Retrouvent tout à coup un grand Mot, qui descende
Des sommets inspirés ;
Que la lettre vieillie, et qui s’obstine à vivre,
Lasse de répéter vainement : c’est écrit !
Laisse tourner enfin les feuillets de son livre
Au souffle de l’esprit !
Et les cœurs, ralliés à la même croyance,
Au dogme d’amour et de paix,
Grefferont librement la foi sur la science,
Dans le champ du progrès ;
Et, sûrs que d’une aurore une aurore est suivie,
Nous nous endormirons, pleins de sécurité,
Pour franchir tour à tour les jalons de la vie,
Dans l’immortalité.


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