Évocation


Misère, douleur, Mal… L’homme veut vous connaître.
Paraissez, justifiez Dieu !
Si c’est pour vous qu’il nous fit naître,
Terre maudite, adieu !


Chœur


Terre et cieux, faites silence !
Vivants et morts, écoutez !
Las des fardeaux qu’il a portés,
L’homme interroge l’existence.
Vivants et morts, écoutez !
Terre et cieux, faites silence !


La voix du mal


Je suis le sombre problème
Que tu n’as pas deviné.
Sur moi l’on crie anathème,
Depuis que le Monde est né.
Je suis le Mal ; et l’on me nomme
Guerre, famine, désespoir.
Sur le berceau du premier homme,
J’ai planté mon drapeau noir.


Chœur


Terre et cieux, faites silence !
Vivants et morts, écoutez !
Las des fardeaux qu’il a portés,
L’homme interroge l’existence.
Vivants et morts, écoutez !
Terre et cieux, faites silence !


La voix


Sur tous les points de la terre,
J’ai dévoré les mortels.
Pour apaiser ma colère,
On m’a dressé des autels

Je suis le crime et le blasphème,
La soif du sang, la soif de l’or….
Hommes, pourtant, si Dieu vous aime,
Je suis autre chose encore.

Chœur


Terre et cieux, faites silence
Vivants et morts, écoutez !
Las des fardeaux qu’il a portés,
L’homme interroge l’existence.
Vivants et morts, écoutez !
Terre et cieux, faites silence !


La voix


Vois-tu, là-haut, dans le bleu sombre,
Quand ton ciel s’éclaircit un peu,
Parmi les étoiles sans nombre,
Scintiller ce globe de feu ?…
De sa flamboyante étincelle,
Il éclaira tes pas errants.
Sais-tu le nom dont on l’appelle ?
Eh bien ! c’est Lucifer ! – Comprends !


Chœur


Terre et cieux, faites silence
Vivants et morts, écoutez !
Las des fardeaux qu’il a portés,
L’homme interroge l’existence.
Vivants et morts, écoutez !
Terre et cieux, faites silence !


La voix


Dépouillé de ses traits funèbres,
Il a pris un front glorieux.
I1 était Prince des ténèbres,
Le voilà Prince dans les cieux.
Comprends-tu sa double carrière :
Nuit et soleil ; crime et vertu ?
Le Mal apporte la lumière.
Dis, fils de l’homme, comprends-tu ?

Choeur

Dieu ! le voile se déchire.
Dieux ! pourrions-nous enfin lire
Le livre fermé du sort !
O grande voix, continue !
Tourne la page inconnue :
Dis-nous la Vie et la Mort !


La voix


La Vie est la marche ascendante
Vers l’idéal, toujours lointain.
Le progrès est la loi vivante ;
Le bonheur est le but certain.
La Mort n’atteint que la matière
Qu’elle pétrit dans le tombeau ;
L’esprit, pour une autre carrière,
Emprunte un vêtement nouveau.


Chœur


Dieu ! le voile se déchire.
Dieu ! pourrions-nous enfin lire
Le livre fermé du sort !
0 grande voix, continue !
Tourne la page inconnue :
Dis-nous la Vie et la Mort !


La voix


Dans un cercle tracé d’avance,
Faible d’abord et limité,
L’Être arrive à la Conscience,
Et sort de la Fatalité.
De plus en plus libre, il prépare
Ses existences à venir.
Quand il s’arrête, ou qu’il s’égare,
La souffrance vient l’avertir.


Chœur


Dieu ! le voile se déchire.
Dieu ! pourrions-nous enfin lire
Le livre fermé du sort !
0 grande voix, continue !
Tourne la page inconnue :
Dis-nous la Vie et la Mort !

La voix


La souffrance, loi de nature,
Qui prouve votre liberté ;
Creuset où votre âme s’épure,
Pour parcourir l’Éternité !
La première écorce est mauvaise ;
La gangue obscurcit le métal…
Comme l’acier dans la fournaise,
L’homme se trempe dans le mal.


Chœur


Dieu ! le voile se déchire.
Dieu ! pourrions-nous enfin lire
Le livre fermé du sort !
O grande voix, continue !
Tourne la Page inconnue :
Dis-nous la Vie et la Mort !


La voix


Et, du Mal, éclot l’Espérance,
Fleur d’en haut qui germe ici-bas ;
Et le Mal produit la Science,
Qui découvre Dieu pas à pas.
Si l’effroi d’une âme souffrante
Vers le ciel ne se fût tourné,
Dans ta félicité stagnante,
Ce Dieu, l’aurais-tu deviné ?


Chœur


Dieu ! le voile se déchire.
Dieu ! pourrions-nous enfin lire
Le livre fermé du sort !
0 grande voix, continue !
Tourne la page inconnue :
Dis-nous la Vie et la Mort !


La voix


Va donc, va toujours ; fais ta route,
Et ne te plains pas de souffrir !
Le bonheur a le prix qu’il coûte ;
Pour posséder, sache acquérir !
Tout voir, tout aimer, tout connaître,
Voilà ton but, cœur abattu !
Sans un but, à quoi sert de naître ?
Et sans le Mal, marcherais-tu ?


Chœur


Dieu ! le voile se déchire.
Dieu ! nous pouvons enfin lire
Le livre fermé du sort.
O grande voix, ô lumière !
Déjà notre âme, en prière,
Bénit la Vie et la Mort.

Photo de Mitja Juraja sur Pexels.com

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