Il faut souffrir, ami ; ne te révolte pas !
Subis, sans murmurer, la loi du sacrifice !
Le jour n’est pas venu : l’heure de la justice
N’a pas encore sonné, dans les cœurs d’ici-bas.
Les progrès désirés lentement s’accomplissent.
Les chemins entrevus ne sont pas déblayés.
Dans l’ornière des temps les chars sont enrayés ;
Veux-tu donc être heureux, quand les autres gémissent ?
Ne maudis pas la route où nous avons marché ;
Et ne regrette pas, quand souffle la tempête,
Les faciles abris où le faible s’arrête !
Est-ce donc le repos que nous avons cherché ?
Nous sommes les pionniers de la terre nouvelle :
Nous défrichons le sol où d’autres sèmeront ;
Nous traçons des sentiers pour ceux qui nous suivront,
Et toujours en avant, le désert nous appelle.
Mais nous avons la plaine, et les grands horizons ;
Mais notre cœur palpite, et notre regard s’ouvre ;
Et l’opprimé, pour qui l’avenir se découvre,
Suit, d’un œil attendri, les pas que nous faisons.
Vois le riche, ennuyé de ses plaisirs futiles ;
Vois l’indigent, courbé sous un travail ingrat ;
Vois les grands, fatigués de leur vain apparat :
Tout le pauvre troupeau, plein d’appétits hostiles !
Les crois-tu plus heureux, ou plus libres que toi ?
Désires-tu le sort du sujet ou du maître ?
As-tu brûlé tes dieux, et voudrais-tu renaître,
Toi, penseur affranchi, fils d’esclave ou de roi ?
Avance et lutte encore ; cherche, laboure et creuse !
Trempe de tes sueurs les sillons entamés !
Prépare la moisson pour les cœurs affamés,
Et montre aux attardés la terre plantureuse !
Nous ne sommes pas seuls, ami : n’entends-tu pas
Là-bas, derrière nous, ce bruit confus ? regarde !
Les bataillons serrés rejoignent l’avant-garde…
Nous les croyions bien loin… Ils marchaient sur nos pas


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