Dans ce globule noir, que chasse mon haleine,
Dort la plante à venir : racines, tige et fleurs.
Si petit que mes yeux le distinguent à peine,
Il contient, enfermés dans sa cosse d’ébène,
Les plus riches parfums, les plus fraîches couleurs.
La Nature a caché ses frileuses toilettes
Dans ces humbles réduits que respecte l’hiver ;
Ses robes de satin, ses flottantes aigrettes,
Ses colliers de grenat, ses blanches collerettes,
Ses manteaux bigarrés, brodés de velours vert.
Le printemps est venu, ramenant la fauvette,
Dont le buisson voisin balance encore le nid ;
Les germes réveillés sortent de leur retraite,
Et boivent à l’envi, comme l’enfant qui tète,
Le suc vivifiant que la terre fournit.
Tout travaille, et concourt à l’œuvre souterraine :
Les rayons du soleil et les brises de nuit ;
Les mille gouttes d’eau que le nuage égrène ;
Et les tièdes vapeurs dont l’atmosphère est pleine ;
Et la foudre qui gronde, et l’orage qui fuit.
Dans l’air et dans le sol allant chercher la sève,
Le végétal naissant a pris ses deux essors :
La racine s’enfonce, et la tige s’élève ;
Et les rameaux feuillés, dont la forme s’achève,
Complètent à la fois ses membres et son corps.
− Allez, petits enfants, cueillir les pâquerettes !
Et toi vierge songeuse, au bord des verts sentiers,
Plongeant tes doigts rosés sous les feuilles discrètes,
Dans leurs abris touffus cherche les violettes,
Pour embaumer ton sein des parfums printaniers !
Le moment est venu pour toi, comme pour elles ;
L’heure où le frais bouton voudrait s’épanouir ;
Où le cœur, étonné de ses flammes nouvelles,
Et, pressentant déjà les transes maternelles,
Ne sait s’il doit pleurer, s’il doit se réjouir. −

Tout est prêt pour aimer. La Nature se pare
De ses milliers d’atours, arrosés de senteurs ;
Le luxe des jardins fait soupirer l’avare ;
Jusqu’aux pôles glacés, où pâlit la fleur rare,
L’amour allume encore de fiévreuses ardeurs.
− Plante, qui donc a dit que tu n’es qu’une chose,
Que tu ne ressens rien, et que tu ne vis pas ?
Celui-là n’a jamais vu s’ouvrir une rose,
Ni suivi le bourgeon dans sa métamorphose,
Ni senti la forêt le consoler tout bas.
I1 n’a pas vu la feuille, affaissée et morbide,
Se relever soudain, quand l’orage est passé,
Au rayon qui revient, s’étaler toute humide,
Et, sous l’ardent baiser du ciel qui se déride,
Oublier aussitôt son malaise effacé.
Il n’a pas vu ces fleurs, que le soleil attire,
Suivant avec amour les pas du bien-aimé,
Se fermer tristement quand sa lumière expire ;
Ni ces Belles de nuit qui n’offrent leur sourire
Qu’aux astres langoureux, dont le soir est semé.
Ni cette Sensitive, aux allures mystiques,
Dont la fierté s’indigne au toucher le plus doux ;
Dont les rameaux, armés d’aiguillons symboliques,
Défendent sans merci les corolles pudiques,
Et que le chloroforme endort ainsi que nous.
Ni la fille des eaux, la blanche Valisnère
Qui, sur le flot mobile où la suivra l’époux,
S’élance, déroulant son hélice légère,
Redescend fécondée, et cache, tendre mère,
Son bonheur ignoré, loin des zéphyrs jaloux.
Celui-là ne sait pas qu’en une chaîne immense,
Sans lacune et sans fin, l’être à l’être s’unit,
Anneaux entrelacés de la grande Existence ;
Et qu’il demanderait en vain à la science
Où l’animal commence, où la plante finit.

Photo de Akil Mazumder sur Pexels.com

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