Les lapins étaient en fureur.
Eux si calmes jadis, quelle mouche les pique ?
Ivres de liberté, pour une république.
Auraient-ils secoué le joug d’un empereur ?
Je n’en crois rien ; leur race est timide et légère.
Que leur fait le cerveau quand l’estomac digère ?
Un brin d’herbe est tout leur souci.
Pourquoi donc s’irriter ainsi ?
Pourquoi !… Dame Discorde en ruses est fertile.
Qui n’a pas quelque peu de place pour la bile ?
Le plus grand saint, dit-on, pèche sept fois par jour.
En écrivant ces vers si je pèche à mon tour,
Daignez me pardonner, car j’ai peine à le dire :
C’était un vieux lapin qui poussait au délire !
I1 avait pour exorde et pour péroraison :
« Frappez !… Toute faiblesse est une trahison. »
« Pourquoi ?… C’est qu’il voulait des pattes de derrière
Saluer le soleil entrant dans la carrière,
Et maudire, en les proscrivant,
Tous ceux qui saluaient des pattes de devant.
Le soleil, disait-il, exige qu’on l’adore.
« Sans soleil tout se décolore. »
« Tout nous vient du soleil ; gloire à son disque d’or ! »
« Sur ce point, il est vrai, nous sommes tous d’accord.
« Mais peut-on l’adorer de l’une ou l’autre patte ?
« Non ! non !… Seul je sais lire au livre de la loi.
« Je le tiens du soleil lui-même ; et je m’en flatte.
« Aux armes ! il est beau de s’armer pour la foi. »
Et la guerre allait de plus belle.
Le sang coulait à flots… de la secte rebelle
Généraux et soldats, mères et nouveau-nés,
Dans de vastes pays furent exterminés.
Cependant les lapins finirent par s’entendre,
Et dès ce jour, unis par l’amour le plus tendre,
Ils n’ont pour le soleil qu’un seul et même encens.
Les hommes auront-ils jamais tant de bon sens ?


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